L’alimentation et ses indices sur les restes osseux

Source :

  • KATZENBERG M. Anne, POLET Caroline, « Comportements alimentaires de trois populations médiévales belges: apports de la biogéochimie isotopique », in Revue belge de philologie et d’histoire, Volume 80, 2002, pp. 1371-1390 (lien)

La Revue belge de philologie et d’histoire est fondée en 1922. Un de ses objectifs est de recueillir des articles scientifiques dans les domaines de la philologie et l’histoire. Après avoir exposé les principes généraux de la biogéochimie isotopique, les auteurs présentent le matériel analysé et sa provenance, une description des méthodes employées, les résultats puis en donnent une interprétation. Les données sont donc hiérarchisées et l’article est accessible à un public relativement large mais ayant tout de même eu accès à un certain niveau d’instruction, ce qui doit correspondre aux lecteurs de cette revue.

L’alimentation dans les sociétés anciennes suscite toujours la curiosité. On peut étudier les déchets de consommation pour l’appréhender. On convoque alors les compétences des zooarchéologues pour l’analyse des restes animaliers et celles des carpologues pour les restes végétaux. Or ces méthodes concernent des études en milieu domestique. Les ossements humains mis au jour en contexte funéraire peuvent aussi apporter des informations.

Avec une étude morphologique, on repère les pathologies osseuses et dentaires. Celles-ci renseignent à la fois des carences alimentaires durant la croissance et un régime alimentaire. Les types d’aliments consommés et la préparation de la nourriture peuvent être appréhendés grâce à l’usure dentaire. Tandis que la formation de caries peut révéler une alimentation riche en sucre, le tartre trahit le manque de soin mais aussi une alimentation riche en protéines. L’étude présentée dans cet article utilise une toute autre méthode : la biogéochimie isotopique.

Proportions en isotopes stables comparées à un standard© KATZENBERG M. Anne, POLET Caroline

Proportions en isotopes stables comparées à un standard
© KATZENBERG M. Anne, POLET Caroline

Son principe est de faire le rapport entre les masses d’échantillons d’isotopes de carbone ou d’azote et de le comparer à un standard, tel un carbonate marin ou l’azote présent dans atmosphérique. Les atomes analysés sont prélevés dans le collagène. Le collagène d’un individu est « plus riche en isotopes lourds que les produits dont il se nourrit ». Ce rapport est alors de plus en plus élevé en « remontant » la chaîne alimentaire. Or il tend à l’être d’autant plus chez les animaux marins. Il est donc possible d’estimer la proportion de produits marins consommés et d’observer des changements du régime alimentaire.

Cette étude est réalisée sur des restes humains découverts sur trois sites médiévaux en Belgique. Les sites de Torgny et Ciply sont des cimetières mérovingiens utilisés du VIe au VIIe siècle et associés à un habitat rural. L’abbaye des Dunes de Coxyde a été fondée en 1107 et abandonnée à partir de 1601. Les échantillons analysés proviennent de sa nécropole monastique et de quelques sépultures se trouvant dans les galeries du grand cloître et dans l’église abbatiale. Pour tenter de reconstituer une chaîne alimentaire, des prélèvements sont aussi effectués sur des restes d’animaux découverts sur ces sites.

Localisation de Coxyde, Ciply et Torgny© KATZENBERG M. Anne, POLET Caroline

Localisation de Coxyde, Ciply et Torgny
© KATZENBERG M. Anne, POLET Caroline

Les populations des deux sites mérovingiens semblent avoir des sources de protéines similaires. Il s’agit de produits provenant principalement d’herbivores de milieu ouvert, tels le mouton et le porc. Ce dernier, quant à lui, semble être majoritairement nourri d’aliments végétaux. On constate que l’accès aux protéines ne diffère pas selon le sexe, contrairement à d’autres cultures (FARB & ARMELAGOS, 1985). A contrario, à Coxyde, les résultats suggèrent une plus importante consommation de poisson. Ceci fait écho aux mentions de pêcheries associées à l’abbaye.

En somme, les restes humains mis au jour en milieu funéraire ainsi que les quelques échantillons dos d’’animaux permettent de compléter nos connaissances sur l’alimentation en milieu rural et le traitement du bétail à l’époque mérovingienne.

Pour plus de détails, nous vous recommandons la lecture cet article.

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